souvenirs d'industries

La plus ancienne cheminée d’usine du Dunkerquois est tombée à la fin du mois d'août 2005. L’usine Dickson n’est plus, elle qui abritait encore récemment un magasin d’ameublement a compté beaucoup dans la vie de Coudekerque-Branche. Bientôt à sa place s’élèveront des résidences, tournant définitivement la page Dickson.

L’usine d’un précurseur La compagnie Dickson et Cie est fondée en 1836 par un écossais, David Dickson (1812-1869) en collaboration avec Célestin Malo, qui se retire de l’affaire en 1856 laissant Dickson seul jusque son association avec l’ingénieur Walrave en 1901. Le choix des lieux est crucial : il s’installe canal de Bourbourg pour utiliser l’eau et la voie navigable pour faire acheminer ses matières premières par les bélandres. L’usine grandit vite : la première machine à vapeur est installée en 1843, parce que les métiers ne peuvent plus se satisfaire de chevaux comme force motrice. Les activités y sont alors nombreuses. Au début du XXeme siècle, la filature travaille dans la voilerie, la blanchisserie de fil, le tissage de chanvre, la filature de lin et d’étoupe, la retorderie de fil de coton pour le tissage, la fabrication de ficelle et la teinturerie. Dickson, qui a appris le métier en Angleterre, apporte avec lui des innovations primordiales.

Une première en France En 1847, il y installe la première filature mécanique de lin en France pour produire des voiles sans apprêt, solides, qui ne pourrissent pas à la mer comme celles des autres tisseurs qui les apprêtent avec du suif ou de l’amidon. Le succès est tel que la marine impériale est de ses clients. C’est dire leur fiabilité ! Sa filature de lin sert d’école à tous les ingénieurs de l’agglomération qui, une fois formés, s’empressent de fonder des entreprises concurrentes. Pendant longtemps, le marché de la toile est favorable à l’entreprise de l’Ecossais : non content de résister à la concurrence anglaise pendant la guerre de 1870, son fils innove une fois de plus pour produire des toiles imperméables et des bâches dès 1878. L’armée française s’en sert même pour constituer les armatures des képis. Avec la Première guerre mondiale, les toiles de Dickson sont même devenues de productions stratégiques, utiles aux armées.

Un grand employeur En 1866, l’usine emploie plus de 1.800 personnes dont de nombreuses femmes et enfants… comme partout ailleurs. Ces derniers d’ailleurs font l’objet d’une attention particulière car Dickson veille jalousement à l’application de la loi de 1841: âgés en majorité de 12 à 16 ans, ils travaillent 72 heures par semaine, ce qui fait tout de même des journées de 12 heures. Des cours leur sont dispensés dans les ateliers par des maîtres d’école mais les journées sont longues. Si les travaux de force sont dévolus aux hommes, les femmes sont occupées pratiquement partout. Elles excellent dans le tissage des toiles légères et la filature. Cependant, Dickson recrute aussi des anglaises, ouvrières bien plus habiles que les Françaises à manier le lin dont le fil casse très vite. Et du lin, il en consomme ! En 1860, il avoue déjà acheter 1,2 millions de tonnes de lin et de chanvre et 50 tonnes d’étoupe, des matières premières qui viennent autant de France que du reste de l’Europe… avec, déjà, la gestion des déchets qui le préoccupe au plus haut point car il faut en produire peur et leur trouver des acheteurs. La notoriété de la filature reste forte. Comme les autres, elle connaît le déclin après 1945 : moins touchée que les autres, elle est moins modernisée et bien qu’elle elle se tourne alors vers le polypropylène après 1945, ses productions se vendent beaucoup moins. En 1957, elle n’emploie plus que 250 à 300 salariés. Finalement, elle est fermée dans les années 70 au profit des usines de Petite-Synthe et de Wasquehal. La filature a vécu… Que reste-t-il de Dickson aujourd’hui ? Plus grand chose mis à part les souvenirs.

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